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Nationaliser Internet pour sauver les régions

Internet Québec
Accès à Internet contrôlé par le fournisseur, bande passante limitée, accès rare en région éloignée, l'Internet n'est pas aussi libre et accessible qu'on aimerait le croire. Surtout que le CRTC n'aime pas se mêler de ce dossier. Ça mène à poser la question: et si on nationalisait Internet? Comme l'électricité, les routes et les égoûts. Il y en a même qui voient là une façon de faire faire plus de sous aux municipalités québécoises...

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Robert Proulx était en ville, hier soir. Le président de Télécommunications Xittel («Exit-tel», comme le prononcent les intimes) avait des billets pour le match du Canadien. Le chanceux. Doublement chanceux, en fait, car l'homme est aussi au coeur d'une petite révolution qui pourrait l'amener loin: celle la fibre optique.

Xittel est l'une de ces entreprises pour qui les régions rurales du Québec possèdent un potentiel énorme. Car la PME de 80 employés, dont le siège social est situé à Trois-Rivières, a trouvé une façon de brancher les villages qui ne le sont pas encore, afin de leur fournir une bande passante décente pour accéder à Internet. Le tout est rapidement rentable, et peu coûteux. «Les municipalités s'attendent à devoir payer cher, mais ce n'est pas le cas», dit-il. «Même qu'au bout de quelques années, ils en tirent un revenu, ce qui les surprend toujours!»

Le truc est simple: Xittel combine de la fibre optique et un réseau sans fil basé sur une des normes Wimax (Xittel utilise la technologie de Motorola). M. Proulx assure que c'est une solution abordable qui peut être mise à jour simplement. «Pour 20 millions de dollars je fais le Québec au grand complet!», s'exclame-t-il.

Le chiffre n'est pas fortuit: c'est le montant proposé par le gouvernement du Québec dans son dernier budget pour brancher les régions du Québec qui ne le sont pas encore à Internet (j'ajouterais: et ça presse!).

Xittel a déjà collaboré avec Québec dans le projet «Écoles branchées», rebaptisé «Villages branchés», au tournant du millénaire. M. Proulx a donc pu constater l'importance d'un accès à Internet de bonne qualité pour le développement des régions: «De plus en plus d'entreprises doivent déménager parce qu'elles ne peuvent pas changer leur fax pour un serveur branché à Internet. Elles vont là où il y a un accès Internet et ça fait perdre des emplois en région.»

Pour corriger cette situation, Robert Proulx pense qu'li existe une solution simple: confier au gouvernement (municipal ou provincial) le mandat de se charger de l'infrastructure, une bande passante qu'il pourrait ensuite louer aux fournisseurs de services Internet (FSI).

«À quoi ça sert, une ville? Offrir des égoûts, des routes, des infrastructures. Internet aussi est un tuyau, une route. La ville n'a pas à gérer ce qui se passe sur la route. Mais chaque fois qu'un FSI facture ses services à un client, il en remettrait une partie à la ville.»

À l'époque de la privatisation à tout crin et des PPP, c'est un discours qui va à contre-courant, il faut l'avouer. À l'ère des nids-de-poule, ça force aussi à réfléchir sur l'éventuelle qualité d'un réseau Internet géré publiquement. Peu importe, l'important est justement là: ça fait réfléchir. Car nous somme aussi au temps du contrôle excessif de la bande passante par certains FSI (Bell et Rogers, par exemple), et à la veille de rouler sur des autoroutes privées et payantes partiellement financées par nos taxes.

Mais c'est peut-être une avenue intéressante à considérer pour les municipalités qui aimeraient remplacer une industrie qui en arrache (les forestières, mettons) par une autre plus prometteuse. Attirer des développeurs Web, des centres d'appel, voire des cabinets d'ingénieurs ou d'autres travailleurs spécialisés dans l'économie du savoir, ne se fait pas sans pouvoir leur promettre un accès rapide à Internet.

Ce serait sans doute un projet ambitieux. Le genre de truc qu'un politicien avec un tant soit peu de vision pourrait facilement intégrer à un programme (M. Proulx raconte l'histoire d'un maire dans le sud du Québec qui s'est d'ailleurs fait élire avec comme principale promesse de faire «entrer la haute vitesse» dans son village...).

Je pense que c'est là que ça se complique. Car «politicien de vision», c'est pas un peu... comment dire... oxymorique?


Publié par Alain McKenna  le vendredi 25 avril 2008 à 14H10


Vos commentaires

Cet article a reçu 1 commentaire:

Gilles Desjardins à dit le 26 avril 2008

Je suis,malheureusement,de ceux qui n'ont pas encore accès à Internet Haute Vitesse.Les compagnies privées,ne se préoccupent guère des gens en région.Trop onéreux et pas assez de population pour rentabiliser.Et pourtant,la demande est là.Personnellement,j'ai envoyé un email à Monsieur Proulx l'an passé,pour le féliciter lui et sa compagnie de l'excellente initiative de brancher les villages et comme vous dites,ça presse.Pourriez vous le croire,à peine 45 minutes de Montréal et pas d'accès Internet Haute Vitesse!!! C'est presque scandaleux.On est prêt à payer ce service, alors qu'on nous le donne!!

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